jeudi 30 mai 2013

3, RUE LE GOFF. PARIS Ve

Immeuble néo-gothique - 3, rue Le Goff, Ve arrondissement.

C'est en lisant "le Lys Rouge" d'Anatole France, que je suis tombé sur une courte description d'un immeuble néo-gothique et dans laquelle l'auteur parle de son "ancienneté trop neuve".
Cela m'a fait penser à cet immeuble construit par Gabriel Pasquier en 1891 (époque où se situe le roman). Le parallèle avec la description d'Anatole France, s'arrête au style puisque l'hôtel particulier dont il parle semble situé (sans certitude) Plaine Monceau et date du Second Empire.




Donc, pour en revenir au bâtiment qui nous intéresse, il se trouve au coin de la rue Le Goff et de la rue Malebranche, près du Panthéon. Ces rues se nommaient jadis rue sainte-Catherine d'Enfer et Saint-Thomas d'Enfer.
Des fouilles réalisées au moment de la construction de l'immeuble révélèrent qu'ici, avaient été installées tour à tour des fabriques de poteries gauloises puis gallo-romaines, une briqueterie et un crématorium.
                            



Même dans l'imitation de l'ancien, l'architecte  ne peut se priver d'adjoindre à sa construction, un bow-window très en vogue à l'époque .
Tout est soigné dans le détail jusque dans les très fines sculptures ornementales.




Gabriel Pasquier est l'auteur d'un autre immeuble dans le même style au 6 bis avenue de Villars dans le 7e arrondissement.

lundi 27 mai 2013

GACE (Orne) Le Château.

Château de Gacé dans l'Orne.

La petite ville de Gacé peut s'enorgueillir de posséder un très beau château, très bien conservé, au point qu'il sert maintenant de mairie et de musée. Ce dernier est un peu particulier puisqu'il est consacré à une femme dont le seul mérite est d'avoir inspiré un chef-d'oeuvre de la littérature française : Marie Duplessis.

Le château fut construit au XIIe siècle puis agrandi et fortifié au XVe par les Anglais qui l'occupaient. En 1449, Charles VII est en pleine reconquête de son royaume et c'est Arnaud Amanieu d'Albret d'Orval qui reprend Gacé.
Plus tard, en 1800, il fut brièvement pris par les Chouans.

 

Mais, j'en arrive à la Dame à qui est consacré le musée. Elle eut une destinée extraordinaire, d'un très grand romantisme et pourtant réelle.
Née Rose Alphonsine Plessis, en 1824, à Nohant-le-Pin, elle vécut ses premières années dans la pauvreté et la maltraitance. Ses parents mal assortis, se séparèrent de bonne heure et sa mère mourut quand la petite Alphonsine n'avait que huit ans. Elle aurait perdu sa virginité à douze ans avec un garçon de ferme.
Après avoir travaillé comme servante d'hôtel à Exmes, son père la fait embaucher à quatorze ans dans une fabrique de parapluie à Gacé. Elle n'y reste que quelques mois et est envoyée à Paris pour travailler dans un magasin de chapeaux. Elle est belle et gracieuse. Elle est intelligente aussi, et apprend à lire et écrire. La vie parisienne lui fait entrevoir un autre monde. Un restaurateur du Palais-Royal nommé Nolet, en fait sa maîtresse et l'installe rue de l'Arcade. Un an plus tard, n'ayant plus les moyens de l'entretenir, il se sépare d'elle; elle devient alors une vraie courtisane.
Elle change son prénom en Marie et ajoute une particule à son nom. Elle devient Marie Duplessis et fréquente le tout-paris. Autodidacte et suffisamment intelligente et fine, elle est capable de soutenir des conversations avec des lettrés et des bourgeois aisés. Son charme considérable lui fait conquérir tous les coeurs.
Elle devient la maîtresse d'Alexandre Dumas fils pendant un an ainsi que de Franz Listz qui lui fut très attaché.
En février 1845, à vingt-et-un an, elle se marie à Londres au comte de Perrégaux. Ils ne vivront jamais vraiment ensemble d'autant que la famille du comte est résolument contre cette mésalliance.
Elle est au fait de la gloire, mais, depuis plusieurs années, un mal terrible la ronge: la tuberculose. Elle passe sa dernière année de médecin en médecin, et de créancier en créancier.
Elle meurt à vingt-trois ans en février 1847, presque seule et dans le dénuement. Seuls son mari et le comte von Stackelberg l'assistent dans ses derniers instants.
C'est là que sa gloire va atteindre l'éternité quand Alexandre Dumas, inspiré par sa vie écrit "la Dame aux Camélias" qui rencontre un énorme succès confirmé par le triomphe de la pièce de théâtre qui suit.
Il existe plusieurs portraits de Marie Duplessis, mais celui-ci m'a paru le plus touchant dans sa simplicité.


L'AIGLE (Orne) - Eglise Saint-Martin

Église Saint-Martin, Place Saint-Martin et rue Thiers, à L'AIGLE (Orne)

Cette église composite a été construite à partir du XIIe siècle. Elle a connu une extension à la fin du XVe, a été remaniée au XVIIe, et pour finir, après les dégâts causés par la guerre, a reçu des restaurations et de nouvelles statues au XXe.
Cela donne un curieux mélange de styles qui n'en demeure pas moins attachant.
            

Du XIIe  siècle, on peut voir encore l'abside et le clocher terminé par une fine flèche. Ce clocher dénommé tour de l'horloge, est construit en grison, une roche très dure, propre à la région du Perche et de couleur brun-rouge.











Au XVe siècle, on bâtit la chapelle du Rosaire, la nef et la tour gothique. Cette dernière est surmontée par un toit au sommet duquel figurent deux personnages symbolisant l'annonciation. Un aigle domine l'ensemble.
Au milieu du XVIe siècle la nef méridionale compléta l'ensemble. C'est en 1947, qu'on installa des sculptures   plus modernes, imitant néanmoins l'ancien.
 

L'intérieur n'est pas moins intéressant.
Les voûtes en ogives avec pendentifs ajourés de la travée droite datent de la renaissance.
A gauche en entrant, une petite chapelle au pied de la tour de l'horloge, est ornée d'une fresque moderne comportant une curieuse inscription.
Le maître autel et son retable remarquable datent du milieu du XVIIe siècle. On attribue la peinture centrale (une descente de croix) à Le Brun.
             

Il y a aussi plusieurs vitraux dignes d'intérêt.



    

jeudi 16 mai 2013

MORET-SUR-LOING (Seine-et-Marne)

Moret-sur-Loing, ville médiévale de Seine-et-Marne.

Située entre Fontainebleau et Montereau, cette petite ville a un passé glorieux puisqu'elle fut une résidence royale dès 1075 sous Philippe Ier. Les successeurs de ce roi de France continuèrent à y résider régulièrement en y apportant de nouvelles constructions.
Ainsi, les fortifications datent de Philippe-Auguste, à la charnière des XIIe et XIIIe siècles. Son père Louis VII avait de son côté commencé la construction de l'église Notre-Dame dans le nouveau style gothique.
La ville fut ensuite délaissée au profit de Fontainebleau et laissée en douaire aux reines de France, puis engagée auprès de proches du roi, tels de Thou, Sully ou Jacqueline de Bueil (une des dernières favorites d'Henri IV).
Elle connut encore le vent de l'histoire lors de la campagne de France en février 1814, puisqu'elle fut brièvement occupée par l'armée austro-russe. Napoléon de retour d'Elbe, y fit une courte halte avant sa rentrée dans Paris.
On retrouve tout ce passé  dans certains édifices de la ville.
La porte de Samois qui date du XVe siècle, commande l'accès à la ville ancienne du côté ouest. Un boulet encore incrusté dans le mur témoigne de la bataille qui s'y livra en 1814.
 

Plus loin, sur la place de l'Hôtel de Ville, la mairie et une curieuse maison de bois semblent beaucoup plus anciennes qu'elles ne sont en réalité. La mairie date, en effet, de 1910 et la maison de 1928. Cette dernière qui porte le nom de son constructeur, Pierre Raccolet, est l'oeuvre d'un menuisier, compagnon du Tour de France qui voulut rendre hommage aux métiers artisans. Il construisit sa maison en utilisant tous les stéréotypes médiévaux; le résultat est spectaculaire et non dénué de charme.
 

                             

Derrière la mairie, au fond de la cour, se trouve la galerie de l'hôtel Chabouillé construite en 1527-28 par un fonctionnaire royal du nom de Nicolas Chabouillé. En 1822, un colonel de cavalerie nommé Antoine Brack eut l'étrange idée de transporter cette construction à Paris sur le futur cours Albert Ier au coin de la rue Bayard. Il l'offrit à sa maîtresse Mademoiselle Mars, grande comédienne dont il se sépara trois ans plus tard. Finalement, en 1955, le promoteur qui acquiert le terrain sur lequel elle se trouve, est obligé par le vendeur de ramener tout cet ensemble à Moret. Surnommée maison François Ier, c'est une pure merveille renaissance avec ses décors exubérants. Les médaillons figurant d'illustres personnages ont été manifestement ajoutés plus tard. En effet, en 1528, le futur Henri II avait 9 ans et n'était même pas dauphin.
 
Une frise sur l'entablement supérieur présente une devise en latin qui signifie "Celui qui sait mettre un frein à ses paroles et dompter ses sens est plus fort que celui qui prend des villes d'assaut".

Plus loin dans la rue Grande, une superbe maison datant de 1560, serait l'ancien baillage et appartenait à Claude Chabouillé, sans doute le fils du précédent.
              

L'église Notre-Dame dont la construction avait commencé en 1166, ne fut achevée qu'au XVe siècle. Elle est du plus pur style gothique.
 
En face cette église, une maison du XVe siècle, attire les visiteurs par la gourmandise. En effet, elle fut habitée par les religieuses de la congrégation des Soeurs de la Charité qui y confectionnaient du sucre d'orge, spécialité de Moret. Aujourd'hui, un magasin vous invite à découvrir ces fameux sucres d'orge et d'autres spécialités de la région.
          

Derrière l'église, la rue du Donjon nous mène à cet édifice. Carré, austère, formidable, épaulé par d'épais contreforts, il fut pourtant apprécié comme résidence par les rois capétiens qui y logèrent et par les comtes engagistes dont j'ai parlé plus haut.
Nicolas Fouquet y fut enfermé et gardé par d'Artagnan après son arrestation. Le 4 septembre 1725, Marie Leszczynska y passe sa dernière nuit de jeune fille avant d'épouser Louis XV à Fontainebleau.
 


On ne peut parler de Moret-sur-Loing sans évoquer la figure du peintre Alfred Sisley. Installé en 1882, il apprécia le calme de la campagne bucolique et y résida jusqu'à sa mort en 1899. La ville lui rend hommage par un monument et un buste près de la porte de Samois.




Pour trouver le Loing, il faut sortir par la porte de Bourgogne qui permet de découvrir le pont et les barrages des anciens moulins. Ce pont dont la première construction date du XIIe siècle, a été aménagé au XIXe, mais détruit par l'armée allemande en retraite en août 1944.Il a été reconstruit à l'identique.
 




C'est depuis l'autre rive de la rivière qu'on découvre la vue sur Moret qui est la plus connue, la plus emblématique, celle qu'on nous montre sur tous les guides touristiques (avec généralement plus de soleil que lors de ma visite).