mardi 30 avril 2013

RUE MONTORGUEIL (partie sud) - PARIS - Ier arrondissement.

Partie piétonne de la rue Montorgueil entre la rue de Turbigo et la rue Etienne Marcel. Ier arrondissement. Paris

Son nom vient d'une butte de gravois qu'on appelait "Mont Orgueilleux" ou "Mons Superbus" au XIIIe siècle. Elle fut longtemps au coeur du quartier des Halles et toujours grouillante de vie; en témoignent trois images datant d'époques différentes :
Claude Monet 1878
Visite Mary Pickford-Douglas Fairbanks, mai 1924

Avril 2013
Quelques façades méritent une attention particulière:
Celle du numéro 17 domine un passage dit de la Reine de Hongrie. L'histoire de ce nom est abondamment contée sur Internet, mais je ne peux m'empêcher de la répéter: ce lieu était habité par Julie Bécheur, une vendeuse aux halles qui vint en délégation présenter une supplique à la reine Marie-Antoine. Or, celle-ci trouva que cette bonne dame ressemblait à sa mère Marie-Thérèse, archiduchesse d'Autriche et Reine de Hongrie. Cela facilita la démarche des solliciteuses. Par plaisanterie on surnomma Julie Bêcheur, Reine de Hongrie et l'endroit qu'elle habitait aussi. Cela ne lui porta pas chance au moment de la Révolution, car après son entrevue avec la reine, elle montra un peu trop son attachement à la royauté. Elle finit guillotinée en 1792. Certains historiens récusent cette version et disent que Julie Bécheur mourut de sa belle mort en 1776 ayant fait fortune. Le passage devrait son nom à un dépôt d'eau de la Reine de Hongrie, qui était un parfum très en vogue à base de romarin et d'autres essences aromatiques.
Quoiqu'il en soit ce superbe immeuble mérite plus qu'un simple coup d'oeil.
      

Le restaurant l'Escargot Montorgueil datant de 1832. Ou cet immeuble au coin de la rue Mauconseil au décor surprenant, un peu pompeux et très endommagé :
                   

Plus loin, d'autres immeubles, celui du 15 avec ses beaux mascarons et celui du 9 à l'étrange emblème lunaire.
 

Malheureusement, cette rue qui débordait naguère de commerces de toutes sortes offrent maintenant surtout des cafés et des restaurants pour les touristes.

dimanche 28 avril 2013

LA TOUR SAINT JACQUES - PARIS - IV ème arrondissement.

Rue de Rivoli, entre l'Hôtel-de-Ville et le Chatelet, IVe arrondissement.

Nul n'ignore aujourd'hui que cette tour est le dernier vestige d'une église qui s'appelait Saint-Jacques de la Boucherie. Le premier édifice avait été construit en 1060. C'était une étape importante sur le chemin de Compostelle. Aujourd'hui encore, c'est un point de rendez-vous pour les pèlerins.
Des logettes d'écrivains publics étaient accolées au  premier clocher attenant au côté nord de l'église. Ainsi, l'ancien nom de la portion de la rue de Rivoli qui passe ici, se nommait rue des Écrivains. C'est là qu'était installé Nicolas Flamel (voir ici) et son épouse Pernelle qui ont d'ailleurs laissés leur nom à des venelles juste en face de l'autre côté de la rue de Rivoli.
C'est sous Louis XII en 1508, que débuta la construction de la nouvelle église et de son clocher. Terminée en 1522, elle est de style gothique flamboyant, un style vieillissant à cette époque du début de la Renaissance. Quand on voit ce qu'il en subsiste, ce style n'était pas encore mort.

L'église en 1784
Sous la Révolution, on détruisit l'église sous le prétexte fallacieux d'assainissement. Les oeuvres d'art qu'elle renfermait furent dispersées ou détruites. Seul subsista le clocher qui fut vendu à un fabricant de plombs de chasse qui sans la détruire, ne fit rien pour la sauvegarder. On dit que la Tour ne fut pas détruite avec son église parce qu'elle avait servi pour les expériences barométriques de Blaise Pascal en 1648. Rien n'est sûr à ce propos.
En 1836, François Arago proposa à la ville de Paris de racheter cette tour. En 1858, elle fut enfin confiée à Théodore Ballu, architecte de renom pour être restaurée. Il la rehaussa pour être à niveau avec la place du Chatelet voisine, réinstalla la statue de Saint-Jacques et les symboles des évangélistes à son sommet ainsi que les statues de 19 saints et de Pascal sans oublier quelques gargouilles.
          

          

Blaise Pascal


La tour est aujourd'hui entourée d'un square, havre de calme relatif entre l'avenue Victoria et la rue de Rivoli.

Dans ce square une stèle et une pierre gravée rendent hommage à Gérard de Nerval retrouvé pendu non loin d'ici au petit matin du 26 janvier 1855. La rue de la Vieille-Lanterne où il fut découvert, a disparu dans les travaux haussmanniens, très rapidement après sa mort.
Rue de la Vieille Lanterne

             

vendredi 26 avril 2013

RUE SAINT MARTIN - Petites curiosités. PARIS - III ème et IV ème arrondissements

Rue Saint-Martin, entre la  rue de Turbigo et la Seine. IIIe et IVe arrondissements

La rue Saint-Martin est une des plus anciennes rues de Paris puisque avec la rue Saint-Jacques qui la prolonge sur la rive gauche, elles formaient le cardo, c'est-à-dire l'axe nord-sud primitif de la Lutèce romaine.
J'ai déjà eu l'occasion de parler de l'église Saint-Nicolas des Champs ou du Conservatoire des Arts et Métiers. Là, c'est plutôt la partie sud de cette rue dont je veux montrer quelques aspects.
n°201- belle façade classique
                      


Autre belle façade au n°160
La porte conserve son ancien numéro
 Au n° 129, surprise! Au coin de la rue de Venise, juste en face de la "Raffinerie" alias Centre Pompidou, une vieille fontaine au décor usé, estompé: c'est la fontaine Maubuée. Elle est ainsi appelée parce que son eau qui descendait de Belleville, trop calcaire, ne permettait pas de faire de bonnes lessives.
Celle-ci a été installée par Jean Beausire (le "fontainier" de Paris) en 1733, mais il existait une fontaine à cet endroit depuis au moins le XIVe siècle.
        

Une autre belle façade au n°123




Enfin, au numéro 89, une autre façade singulière dont le bas-relief date de 1682. Ce bâtiment abritait-il une congrégation ou un dignitaire religieux? Peut-être.
                

 Je ne peux finir sans citer l'église Saint-Merri. Je devrais dire la malheureuse église Saint Merri, vu l'état dans lequel elle se trouve. Tout le bas est recouvert de filets de protection depuis des années. A quand une restauration? L'article de Wikipedia est très bien fait; pour le voir c'est ici. Voir aussi le site Insecula : ici


jeudi 25 avril 2013

LA PLUS ANCIENNE MAISON DE PARIS

Quelle est la plus ancienne maison de Paris? Plusieurs se disputent ce privilège.

Il faut citer tout d'abord celle qui est située au 3 de la rue Volta dans le IIIe arrondissement. Jacques Hillairet dans son livre "Connaissance du Vieux Paris" défend qu'il s'agit de celle-ci. D'après lui, elle daterait des environs de 1300 soit sous le règne du roi de fer, Philippe VI le Bel. Cependant, si on le cite : "Sans qu'aucun texte ne puisse permettre de l'affirmer, on est fondé de penser que la plus vieille maison de Paris fut,..., la demeure du bailli du domaine seigneurial du prieuré de Saint Martin des Champs". Donc, lui-même reconnait qu'il n'a aucune preuve de ce qu'il avance.
Or, depuis 1979, des historiens, dont Martine Dubois et Jean-Marie Pérouse de Montclos, disent qu'elle n'aurait été construite qu'entre 1644 et 1654.
C'est un certain Benjamin Dally qui l'aurait fait construire puis qui l'aurait revendue en 1654 après son veuvage. Pourquoi a-t-elle cet aspect si proche des caractéristiques médiévales? ¨Peut-être le constructeur éprouvait-il de la nostalgie, certes peu courante à cette époque, pour le Moyen-Age.





Deux autres maisons revendiquent l'honneur d'être les plus anciennes de Paris: celles qui se trouvent aux numéros 11 et 13 rue François Miron dans le IVe arrondissement. Cette fois, c'est la "pelle à tarte" (panneau touristique) qui prétend qu'elle pourraient dater du XIVe siècle.
Elles sont dites à l'enseigne du Faucheur et du Mouton et font le coin avec la rue Cloche-Perce qui par son nom même, mériterait un détour.
Il est plus vraisemblable que ces deux belles maisons datent du XVIe siècle. Elles furent recouvertes de plâtre au XVIIe siècle sur ordonnance royale, pour limiter les risques d'incendies. Des travaux en 1967, leur rendirent leur aspect originel.

 
 
La rue Cloche-Perce devrait son nom à une enseigne représentant une cloche percée, à moins qu'elle n'ait été peinte en bleu perse.
En fait, la maison considérée quasi unanimement comme la plus ancienne est au 51 rue de Montmorency. Et elle a une histoire intéressante puisque c'était la maison de Nicolas Flamel (~1340-1418). Cet homme dont la notoriété a traversé les siècles, était libraire-juré et tenait boutique non loin. Il fut d'abord établi écrivain public contre l'église Saint-Jacques-de-la-Boucherie, puis libraire dans une rue qui porte aujourd'hui son nom. Sa renommée lui vint d'une grande aisance matérielle qui fit soupçonner qu'il se livrait à l'alchimie et qu'il avait réussi la transmutation du plomb en or. En fait, il est plus vraisemblable qu'il ait épousé une femme qui déjà deux fois veuves, possédait une solide fortune. Elle s'appelait Pernelle et mourut en 1397.
Quoiqu'il en soit, la maison de la rue de Montmorency fut construite en 1407. Là, Nicolas hébergea de pauvres gens au premier étage sans autre obligation que de dire des prières chaque matin pour les trépassés.
Il fit inscrire la phrase suivante au dessus des fenêtres du rez-de-chaussée :
"Nous homes et femes laboureurs demourans au porche de ceste maison qui fut fée en l'an de grâce mil quatre cens et sept, somes tenus chacû en droit sou dire tous les jours une pastenotre et un ave maria en priant Dieu que sa grâce face pardô aus povres pescheurs trespassez. Amen".

 
Les piliers sont ornés d'images gravées dans la pierre. On remarque des initiales qui sont semble-t-il celles qu propriétaire. Les autres dessins sont évidemment d'inspiration religieuse.
             

Notons que la vie de Nicolas Flamel est contemporaine d'une époque particulièrement troublée. Né peu avant la bataille de Crécy (1346), il survécut à la grande peste (1348), vécut sous le règne de Charles VI dit le fol. L'année où sa maison fut construite, le duc Louis d'Orléans fut assassiné, ce qui entraîna la France dans une guerre profonde et une anarchie totale. Il mourut trois ans après la défaite d'Azincourt où la chevalerie française fut écrasée une nouvelle fois. Pourtant il semble que cet homme ait eu une vie aussi heureuse que possible.
Aujourd'hui, c'est un restaurant qui occupe sa maison.



vendredi 19 avril 2013

REIMS- BIBLIOTHEQUE CARNEGIE

2, place Carnegie REIMS (Marne)

Je ne suis pas vraiment porté vers l'art-déco dont je n'apprécie généralement pas le côté anguleux et géométrique. Pourtant, je viens de tomber amoureux d'une bibliothèque: celle qui fut financée par l'industriel philanthrope Andrew Carnegie.
Les destructions de la Première Guerre Mondiale laissèrent Reims privée de bâtiments importants tel l'Hôtel-de-Ville qui renfermait des documents anciens et précieux. Ceux-ci, heureusement, avaient été mis à l'abri avant qu'une bombe ne les détruise. Après la guerre, la Fondation Carnegie pour la Paix Internationale décida d'accorder une aide de 500 000 $ pour la construction d'une bibliothèque à Reims.
C'est l'architecte Max Sainsaulieu (1870-1953) qui construisit cet édifice dont les travaux débutèrent en 1921. Il fut achevé en 1928.
La façade est ornée par le sculpteur Edouard Sediey.
Le péristyle de marbre est décoré de mosaïques et de ferronneries. On pénètre alors dans le hall d'entrée dont le plafond est une coupole à quatre pans terminée par une lanterne en pendentif du maître verrier Jacques Simon. Les murs recouverts d'onyx d'Algérie sont ornés de mosaïques d'après des cartons d'Henri Sauvage (1873-1932) architecte de grande renommée.
      

On en arrive à la salle de lecture dont le silence studieux n'empêche pas d'admirer la verrière du génial maître verrier Jacques Gruber (1870-1936). Je rappelle que cet artiste a signé des oeuvres extraordinaires qu'on peut admirer entre autres au Musée de l'Ecole de Nancy.

Devant la bibliothèque, un buste rend honneur au philanthrope Andrew Garnegie.
D'autres ornements sont aussi visibles sur la façade. L'art-déco s'exprime ici dans la douceur.