samedi 5 août 2017

CHÂTEAU DU GROS-CHIGY - SAINT-ANDRE-LE-DESERT - SAÔNE-ET-LOIRE

Si l'histoire du château du Gros-Chigy commence au XIIe siècle, l'essentiel des bâtiments actuels datent du XVe.
En effet, ayant été maintes fois attaqué et détruit par les armées qui se disputaient la frontière entre duché de Bourgogne et royaume de France, il fut rebâti par Guillaume de l'Aubépin, époux de Claudine de Vaux à partir de 1435.
La Bourgogne étant rentrée dans le giron royal, le château peut continuer sa vie jusqu'à la Révolution où il est vendu comme bien national. Il est transformé en ferme sous la contrainte des chefs révolutionnaires qui n'ont de cesse de le faire détruire par son propriétaire. 
Heureusement, la Révolution passe et le château connait des réparations et restaurations au cours des XIXe et XXe siècles.
Il est aujourd'hui propriété privée des descendants de son possesseur lors de la Révolution. On ne visite pas.

On le découvre en arrivant dans le hameau de Gros-Chigy qui dépend de la commune de Saint-André-le-Désert. Deux grosses tours rondes  encadrent l'entrée qui jadis était défendue par un pont-levis.
             


La cour intérieure est entourée de bâtiments qui semblent destinés à l'agriculture, sauf celui du fond qui parait être le logis principal.



La face sud du château confirme son aspect formidable de forteresse médiévale. On y découvre le donjon carré surmonté de mâchicoulis sur consoles (en encorbellement).
     
La sévérité de son apparence extérieure est adoucie par le terrain planté de grands arbres qui se trouve à l'extérieur de son enceinte sur la façade ouest.


mardi 1 août 2017

OINGT - RHÔNE.

Dans le sud du Beaujolais, au coeur du territoire des Pierres Dorées, le village d'Oingt est perché sur sa colline et domine les alentours.
Cette région des Pierres Dorées est ainsi nommée en raison de la pierre calcaire utilisée pour construire les maisons et qui est d'une belle couleur ocre jaune.
A l'époque gallo-romaine, cette commune s'appelait Iconium d'où le gentilé actuel d'Iconiens.
 Oingt fait partie des plus beaux villages de France, à la fois pour sa situation, pour son patrimoine, pour l'ambiance qui règne dans ses rues tortueuses et pour le panorama sur les monts du Beaujolais qu'on découvre tout autour.
Du château construit entre les XIe et XIVe siècles, il ne subsiste que le donjon, une tour ronde qui domine le village. En 1562, le sinistre  François de Beaumont, baron des Adrets, chef protestant, assiège le bourg et le détruit. Il s'ensuivra une autre calamité : la peste. Le village parvint pourtant à se relever et à revivre.

Les photos ci-contre nous montrent la rue principale qui suit l'ancien parcours de la muraille du château.








Au hasard des rues au nom parfois pittoresque (ici, la rue Trayne-cul), on découvre de belles maisons de pierres.
               






La porte de la prison donne envie de commettre des délits pour y être enfermé.








L'église qui n'est autre que l'ancienne chapelle castrale est un autre lieu important pour le patrimoine qu'on y découvre. La rue qui y mène passe à côté d'un vestige du château : l'entrée de la salle des gardes. A travers la vitrine du magasin actuel, on peut s'apercevoir que les murs avaient 1,70 m. d'épaisseur.
                      

Après avoir monté un escalier, du haut duquel on peut voir le village,  on pénètre dans la belle église rustique.



Dès l'entrée, on est saisi par la belle copie d'un tableau du Caravage représentant Saint Mathieu, patron de l'église, écrivant son évangile sous la dictée d'un ange. Plus loin la chaire datant de 1760 et la chapelle Saint Joseph qui renferme différents objets liturgiques et oeuvres d'art dont une piéta datant du XVIe siècle.
                       


Au fond, le choeur avec ses ouvertures aux vitraux d'un bleu intense. A remarquer, les culots représentant les figures de différents membres de la famille des seigneurs d'Oingt dont Marguerite d'Oingt, prieure et première poétesse en langue franco-provençale dont on ne connait que la date de décès en 1310.







L'arrière de l'église est aménagé en terrasse dominant le paysage (dommage qu'on ait cru bon d'y mettre ce moulage de statue de la Vierge qui jure un peu par rapport à l'ensemble du village).








Et pour finir cette description de ce si joli bourg, une adresse : chez Marlies, un petit restaurant-salon de thé, où on est reçu avec gentillesse et où on peut déguster des plats préparés par la patronne elle-même avec des produits frais. Et au final, l'addition reste très modique.


lundi 5 juin 2017

CHAPELLE DU GRAND SEPULCRE - CATHEDRALE SAINT JULIEN - LE MANS - SARTHE.

La cathédrale du Mans consacrée à Saint Julien possède de nombreuses oeuvres d'art remarquables.
Une des chapelles renferme plusieurs très belles statues caractéristiques de la région.
En effet, la grande quantité d'argile contenue dans le sol du Maine a permis l'essor d'une technique de sculpture aux XVIe et XVIIe siècles : la terre cuite.

La chapelle du Grand Sépulcre est ainsi nommée parce qu'elle possède une mise au tombeau particulièrement belle due au sculpteur Gervais Delabarre, 1er du nom (vers 1570-vers 1644). Cet artiste eut deux fils et un petit-fils qui pratiquèrent le même métier que lui. La présente oeuvre fut réalisée entre 1615 et 1621.
La mise au tombeau est située au fond de la chapelle, dans un enfeu.
  C'est une représentation assez traditionnelle avec 7 personnages entourant le Christ mort. Parmi lesquels, sont la Vierge Marie, Saint Jean, Joseph d'Arimathie, Nicodème, Marie-Madeleine et deux autres femmes, qui sont généralement Marie-Salomé mère de Jacques le Majeur et de Jean et une autre Marie, mère de Jacques le Mineur.
Un autre artiste proche de Gervais Delabarre a certainement participé à la conception de ce sépulcre. Il s'agit de Charles Hoyau dont on ignore les dates mais dont on suppose qu'il partageait des liens familiaux avec son confrère. Il fut surtout actif entre 1631 et 1644.
Les autres sculptures présentes dans la chapelle sont de lui.
Il y a d'abord, ce qui est sans doute le chef d'oeuvre de cet artiste, Sainte Cécile jouant de l'orgue. Il faut rappeler que cette sainte est la patronne des musiciens. La statue aurait été commandée en 1633 à l'occasion de la fondation d'une fête musicale.
Une très belle Vierge à l'enfant se trouve à côté d'une sainte Marguerite d'Antioche piétinant le monstre symbole du paganisme qui l'avait avalée mais qu'elle vainquit grâce à sa foi.
                            

On ne peut passer sous silence l'autel et le retable montrant le Christ ressuscité qui daterait du XVIe siècle mais qui sont d'une facture moins prestigieuse que les autres sculptures. On en ignore le ou les auteurs.

dimanche 14 mai 2017

CIMETIERE DE PICPUS - PARIS -12ème arrondissement.

Il y a beaucoup d'endroits insolites dans Paris. Le cimetière de Picpus est l'un d'entre eux.
D'abord parce qu'il s'agit d'un cimetière privé, un des deux seuls existant dans la ville. Ensuite parce que son histoire est très particulière.
Le site était autrefois occupé par le couvent des Chanoinesses de Saint Augustin. Les nonnes furent chassées de là par la révolution en 1792. Deux ans plus tard, la grande Terreur règne. La guillotine fonctionne à plein temps. Installée d'abord place de la Révolution (actuelle place de la Concorde), elle est l'objet de plaintes des riverains gênés par le spectacle quasi quotidien des charrettes de condamnés et de suppliciés qui traversent le quartier. La machine est un temps transportée à l'emplacement de la Bastille détruite, puis à partir du 13 juin 1794, place du Trône renversé (actuelle place de l'Île de la Réunion). Là, la Terreur atteint son paroxysme et ce seront 1306 personnes qui seront exécutées en environ 6 semaines. Jusqu'au 27 juillet (9 thermidor, an II) jour de l'arrestation de Maximilien Robespierre et de vingt-et un de ses proches dont son frère Augustin qui seront exécutés le lendemain, place de la Révolution.
On a exécuté jusqu'à 55 personnes dans une seule journée. Il fallait trouver un endroit pour se débarrasser des corps. On investit donc le jardin du couvent des Chanoinesses qui avait été loué à un dénommé Riédain. Malgré les protestations de ce dernier, on y creusa deux fosses communes et on en prépara une troisième. Effectivement l'endroit était bien choisi, puisque entre la guillotine et le charnier, il n'y avait que quelques dizaines de mètres à parcourir.
Après la Terreur, le terrain resta en l'état jusqu'en 1796 où l'emplacement des fosses fut racheté par la princesse Amélie de Hohenzollern-Singmaringen dont le frère avait été une des victimes de cette période. En 1800, la comtesse de Montagu rechercha le lieu d'inhumation de sa famille. Grâce à une jeune fille dont les père et frère avaient aussi été guillotinés et qui avait suivi la charrette des suppliciés, les fosses communes furent découvertes. Mesdames de Montagu et de La Fayette achetèrent le terrain et avec l'autorisation de la princesse de Hohenzollern-Singmaringen, fondèrent une société des familles des suppliciés de la place du Trône Renversé.

Pour se rendre au cimetière, il faut aller au 35 rue de Picpus. La porte est ouverte de 14h à 17h ou 18h suivant les saisons.
Sitôt franchi la porte cochère, on entre dans une grande cour au fond de laquelle se trouve la chapelle.

A gauche de la chapelle se trouve la porte qui mène au parc et au cimetière, puis à gauche encore, le seul pavillon subsistant de la fondation du couvent appelé pavillon Louis XIII.






La chapelle est une reconstruction de 1841 due à l'architecte Joseph-Antoine Froelicher (1790-1866).
 L'intérieur très sobre comporte deux chapelles latérales dont les murs du fond sont recouverts de plaques de marbre portant les noms des 1306 victimes avec leur âge et leur profession. Dans ces listes, on remarque des jeunes filles de 16 ou 18 ans couturières ou domestiques qui n'avaient certainement rien à se reprocher. La chapelle de gauche montre une statue de Notre-Dame de la Paix datant du XVIe siècle. Celle de droite expose un tableau représentant les 16 carmélites de Compiègne exécutées en groupe.



 

En franchissant la porte qui mène au cimetière, on entre dans un jardin dont l'allée est bordée de rosiers parfumés (à la belle saison, bien sûr).
 


Après avoir traversé un bosquet au milieu duquel on peut voir une statue de Saint Michel, on découvre la porte qui s'ouvre sur le cimetière.








Ce cimetière ne peut accueillir que des descendants des victimes de la Terreur et qui ont participé à la souscription ayant permis l'ouverture du cimetière (une unique exception a été faite pour l'historien G. Lenötre 1855-1935).

Dès l'entrée, on aperçoit une grande chapelle mortuaire où ne se voit aucun nom, et à droite un mur où ont été installées des plaques commémoratives pour des résistants dont les corps ont disparus dans des camps de concentration.





Le cimetière en lui-même n'est pas grand et il ne recèle évidemment que quelques dizaines de tombes. Cette tombe au premier plan, est celle des fondateurs de la Congrégation des Sacrés Coeurs de Marie et de Jésus, Henriette Aymer de La Chevallerie (1767-1834) et Marie-Joseph Coudrin (1768-1837).
Au hasard de la promenade entre les tombes, on rencontre des noms illustres qui sont dans la mémoire de la France. Citons par exemple, la famille de Montalembert qui affiche fièrement et sans vergogne : "Nous sommes les fils des croisés et nous ne reculerons pas devant les fils de Voltaire". C'est peut-être avec ce genre de conviction que la Révolution est arrivée. Il y a aussi le tombeau de l'illustre famille de Montmorency éteinte aujourd'hui. Ou la famille de La Rochefoucault liée aux Polignac.
 

Il y a aussi des noms moins célèbres, tels la marquise de Brunoy, la famille Nadaillac ou les Villedieu de Torcy.
                          

Evidemment, la vedette de toutes ces tombes, c'est celle qui reçoit, chaque 4 juillet, l'hommage de l'ambassadeur des Etats-Unis, la tombe de Gilbert du Motier, marquis de La Fayette (1757-1834). Sa belle famille a beaucoup subi la Terreur. Son épouse Adrienne de Noailles vit périr sa grand-mère, sa mère et sa soeur.
        
Autour de la tombe se trouvent des plaques commémoratives. L'une d'elles évoque le poète André Chénier (1762-1794) et son ami Jean Antoine Rouchet (1745-1794). La particule ajoutée au nom de Chénier est superfétatoire. Ce poète arrêté le 7 mars 1794, fut exécuté deux jours avant le 9 thermidor. Il a écrit un de ses plus célèbres poèmes "La Jeune captive" pendant son incarcération.
Là, on se trouve devant une nouvelle grille fermée. Derrière se trouve l'enclos où sont les deux fosses communes où furent entassés les 1306 corps de suppliciés.  Au milieu, un monument a été érigé par la princesse de Hohenzollern-Sigmaringen pour son frère le prince de Salm-Kyrbourg. On voit aussi plusieurs tombes de proches de la princesse.
L'emplacement des fosses est matérialisé par du gravier et des bornes posées aux quatre coins.
               




En ressortant du cimetière, on se retrouve dans un petit parc boisé dont une allée conduit à la sinistre porte charretière, qui fut ouverte en 1794 pour faire passer les tombereaux de cadavres. Cette porte a été conservée en souvenir de ces événements sombres.
        







Un autre vestige subsiste : une porte en pierre, qui appartenait à la chapelle des chanoinesses. Ce bâtiment à l'époque des exécutions, servit aux fossoyeurs pour trier et inventorier les vêtements des victimes qu'il venaient  de jeter dans la fosse.





Bien sûr, ces 1306 victimes de la folie révolutionnaire semblent ne pas peser bien lourd en regard des horreurs vues au cours des siècles suivants. Les guerres napoléoniennes, les révolutions de toutes sortes, les deux guerres mondiales, les totalitarismes (fascisme, nazisme, stalinisme, maoïsme, etc...). En tout, peut-être 200 millions de morts. 
Comme à chaque changement de régime, la Révolution Française voulait faire le bonheur des hommes. Elle a dérivé vers le massacre avant que la société ne connaisse de nouveaux soubresauts.
Il est intéressant de lire ou de relire "les Dieux ont soif" d'Anatole France qui décrit comment un jeune homme animé des meilleures intentions du monde finit comme juré d'un tribunal révolutionnaire, n'hésitant pas à envoyer les gens à la mort pour des motifs futiles.