mardi 6 septembre 2016

PLACE CHARLES DULLIN - PARIS XVIIIème arrondissement.

Au pied de Montmartre, mais épargné par le tumulte de la Place du Tertre ou de la terrasse du Sacré-Coeur, la place Charles Dullin est un lieu de calme et de tranquillité.
C'est un quadrilatère ombragé au fond duquel se trouve le Théâtre de l'Atelier.
Ce théâtre a une histoire curieuse: 
A la Restauration (1815-1830), Louis XVIII était désireux de retrouver les restes de son frère Louis XVI et de Marie-Antoinette. Comment faire pour identifier leurs dépouilles au milieu d'environ mille huit-cents corps jetés dans la fosse commune du cimetière de La Madeleine? Pierre-Jacques Seveste (1773-1825) comédien-danseur, dont le grand-père avait été fossoyeur en ce lieu, permit d'indiquer où se trouvaient les ossements du roi et de la reine déchus. En récompense, Louis XVIII accorda en 1817, à Seveste le privilège de construire et d'exploiter les théâtres se trouvant hors les murs de Paris. Il s'agissait, évidemment à l'époque du mur des Fermiers Généraux avant que les villages autour de Paris ne soient annexés (1860).  Il en édifia ainsi deux, à Montparnasse et à Montmartre. Lui n'en profita pas longtemps, mais ses deux fils héritèrent de cette sinécure et accumulèrent une jolie fortune, grâce à la création d'autres salles à Belleville, à Grenelle et aux Batignolles. Ils conservèrent le privilège jusqu'à leur mort (1854).
Un siècle plus tard, en 1922, Charles Dullin (1885-1949) prit la direction du Théâtre de Montmartre et le  renomma Théâtre de l'Atelier. Plus tard, Jean-Louis Barrault y fit ses débuts en 1930.

La place est entourée d'immeubles dont certains présentent un véritable intérêt. Ainsi, celui qui fait le coin de la rue d'Orsel et de la rue des Trois-Frères est construit dans le style néo-renaissance. Son balcon ouvragé et sa fenêtre en arrondi sont particulièrement remarquables.
      





De l'autre côté de la place, se trouve un autre immeuble de taille plus modeste mais finement orné de sculptures de fleurs dans la tradition de l'art-nouveau. Il faut aussi remarquer les ferronneries avec leur décor de chardons. Ce bâtiment est dû à un architecte assez peu connu, A.J.Mullhaupt et date de 1907.
             




Un peu plus loin sur le même trottoir un immeuble à l'aspect plus classique abrite une boutique qui présente une vitrine de bric-à-brac. Cette devanture, le Ciclop, est en fait, un atelier d'écriture qui accueille les personnes qui veulent perfectionner leur expression écrite.





Cette partie de la place Charles Dullin se termine en cul-de-sac où s'est installé un autre théâtre. L'Atalante est une salle de spectacle expérimental. Son histoire est liée à celle de son voisin. André Barsacq qui avait succédé à Charles Dullin à la tête de l'Atelier, exerça son mandat jusqu'à son décès en 1973. A sa suite, des membres de sa famille, Alain Barsacq et Agathe Alexis récupérèrent une aile souterraine du théâtre et en firent une nouvelle salle.





Malheureusement, le calme relatif n'évite pas la circulation automobile ou des deux-roues et le stationnement envahissant qui va avec.


jeudi 1 septembre 2016

CHÂTEAUNEUF-EN-AUXOIS - CÔTE-D'OR.

Ceux qui ont eu l'occasion de traverser la Côte-d'or par l'autoroute A6 n'ont pu le manquer.
Le village de Châteauneuf domine le paysage et attire le regard par sa situation élevée.

Il doit son nom au château fort qui y a été construit à partir du XIIe siècle. Le village autour du château ne possède que 85 habitants, mais recèle de nombreux vestiges anciens.
Le donjon est la partie la plus ancienne du château et date de 1175.
Dans les années 1440, Catherine de Chateauneuf, dernière héritière du domaine se retrouve seule survivante de sa famille après le passage de la peste. Elle décide de se remarier avec Jacques d'Haussonville un seigneur Champenois. L'union est désastreuse au point que l'encore jeune Catherine prend un amant et décide de se débarrasser de son odieux mari. Elle fait confectionner un gâteau saupoudré de "poudre de caverne", c'est-à-dire d'arsenic. Et le mari meurt dans d'atroces souffrances; malheureusement pour Catherine, une servante gourmande a aussi goûté au gâteau, et meurt. Une enquête découvre qui est derrière ces événements, et la malheureuse empoisonneuse est condamnée au bûcher comme sorcière en 1456. 
Le domaine revint au duc de Bourgogne, Philippe le Bon qui le donna à son conseiller Philippe Pot en 1460.Celui-ci agrandit le château qui passa ensuite à d'autres propriétaires prestigieux comme les Montmorency ou les Vogüe qui le donnèrent à l'Etat en 1936.
      
              





Les rues du village sont bordées par des maisons anciennes dont certaines possèdent de belles portes ornées de sculptures.
              


                      

L'église Saint-Jacques et Saint-Philippe date du XVe siècle. Elle possède un clocher à lanternon et son porche en accolade était autrefois surmonté de deux statues dont il ne reste que les supports. Ceux-ci sont ornés de bas-reliefs représentant les attributs de la crucifixion (tenaille, marteau, couronne d'épines et clous).
              


 A l'intérieur, on peut y découvrir plusieurs très belles statues comme ces deux saints encadrants l'entrée du choeur. A leurs pieds, leur piédestal porte les armes de Lord Camel, châtelain de Chevigny-saint-Sauveur. En 1872, pour faire des réparations sur l'église, on vendit ces statues à cette personne qui 41 ans plus tard, s'apercevant d'où venaient les statues, les restitua gratuitement.




Egalement, disposées dans la chapelle Saint Joseph, une statue (auteur inconnu) appelée la Vierge à l'oiseau et une autre de Saint Jean-Baptiste de Guillaume (ou Antoine) Le Moiturier (1425-ap.1497).
             


A l'extérieur de l'église on peut voir la tombe du général Jacques Blondeau (1766-1841) baron d'Empire, qui fut décoré à la fois par Napoléon Ier et par Louis XVIII. Une croix a aussi été érigée par Madame Clere Marotte en mémoire de son mari Jean Blondeau (1758-1816?) notaire, sans doute un parent du général.
                    






Dominant la campagne environnante, une terrasse a été aménagée. On y trouve une grande croix de mission encadrée par deux tilleuls séculaires.







En passant la porte nord, et en poursuivant son chemin vers la forêt, on peut faire des rencontres étonnantes, comme ces tilleuls vénérables et presque quadricentenaires puisqu'ils datent de 1627.
 




En continuant la promenade, on découvre une chapelle au milieu des bois. C'est la chapelle Notre Dame du Chêne, ainsi nommée car on a découvert à proximité une statuette de la Vierge cachée dans un tronc de cet arbre. Cette chapelle a été construite en 1746 et fut restaurée par Arthur de Vogüe en 1894.
       




 Outre tous ces intéressants ouvrages, il faut citer aussi des lavoirs et un pittoresque vieil abreuvoir dont le bassin est recouvert de lentilles d'eau.




Du haut de ce village, le panorama est impressionnant.


jeudi 4 août 2016

MUSEE DE LA VIE ROMANTIQUE - PARIS - IXème arrondissement.

16, rue Chaptal.
Il est dans Paris des endroits préservés où l'on pourrait se croire très loin de l'agitation qui caractérise les grandes villes. Le Musée de la Vie Romantique en est un.
Ancien hôtel Ary Scheffer, il est passé à la mort de ce peintre à sa fille Cornélia, puis à sa petite nièce fille d'Ernest Renan, Noémi et à la fille de celle-ci, Corrie. Vendu à l'Etat, il fut confié à la Ville de Paris qui finit par en faire ce musée dédié à l'époque glorieuse du romantisme, du quartier de la Nouvelle-Athènes et à certains des artistes qui l'animèrent.
En premier lieu, le musée rassemble des souvenirs de George Sand, mais aussi d'Ernest Renan.


 Pénétrer dans ce lieu, c'est d'abord emprunter une longue allée entre deux immeubles et bordée d'arbres majestueux et protecteurs.









  Au bout de l'allée, une cour vous accueille avec au fond, l'hôtel lui-même avec ses volets verts et tout son charme de vieille demeure soigneusement entretenue. 


 Sur la gauche, les bâtiments de service et à droite une terrasse installée dans le jardin qui sert de refuge aux clients du salon de thé situé dans une jolie véranda.




A l'intérieur, le rez-de-chaussée est largement dédié à George Sand (1804-1876) et aux souvenirs de ses ancêtres. Elle était en effet l'arrière-petite-fille de Maurice de Saxe, Maréchal de France (1696-1750) qui eut une fille naturelle nommée Marie-Aurore (1748-1821) qui fut donc la grand-mère d'Aurore Dupin dite George Sand.
 Dans les premières pièces, on peut remarquer quelques souvenirs et ces bustes de George Sand et d'Alfred de Musset, amants terribles qui connurent une liaison mouvementée.



Plus conséquents sont les objets disposés dans le salon : sur une commode, le buste de Maurice de Saxe, au-dessous du portrait de sa fille, Marie-Aurore. Une statuette d'Aimé Millet (1819-1891) représentant George Sand. Sur un chevalet, le portrait de Pauline Viardot, cantatrice par Ary Scheffer. Au-dessus de la cheminée, un des portraits les plus célèbres de l'écrivain par Auguste Charpentier (1813-1880). Il date de 1838, et elle avait donc 34 ans à l'époque.
           
 Le petit salon bleu est une pièce joliment décorée. Elle nous montre, entre autre, George Sand en costume de Berrichonne.





Le premier étage est surtout consacré au premier propriétaire, le peintre Ary Scheffer (1795-1858). Néerlandais de naissance il s'installe à Paris en 1811, puis remarqué par le Duc d'Orléans futur Louis-Philippe Ier, il devient professeur de Marie d'Orléans, puis peintre officiel de la famille royale. La Révolution de 1848 le met à l'écart bien qu'il continue à recevoir les intellectuels de son époque.

La première salle nous montre le portrait de Sophie Marin (madame Ary Scheffer) encadré par ceux de sa nièce Cornelie (future madame Renan) et de sa fille Cornelia. Le très beau bronze à droite est de Théophile Bra (1797-1863) et représente Madame Mention, née Emilie Michel.




La deuxième salle est consacrée à la famille royale de la Monarchie de Juillet.
Ainsi, on peut y voir le portrait de la reine Marie-Amélie (1782-1866) en costume de deuil, celui de la princesse de Joinville (née Françoise de Bragance 1824-1898) et aussi celui de la princesse Louise d'Orléans (1812-1850), fille des souverains.
Un médaillon représente le prince Ferdinand-Philippe d'Orléans (1810-1842) mort dans un accident (voir ici). Le médaillon est l'oeuvre de James Pradier (1790-1852)

Dans le même salle, se trouve une petite toile d'Ary Scheffer représentant Théodore Géricault (1791-1824) sur son lit de mort.  Le jeune peintre qui habitait le quartier, fut victime d'un accident de cheval qui causa sa mort à 32 ans. On peut supposer qu'il était un familier des lieux. Il est représenté entouré de ses amis le colonel Louis Bros et le peintre Pierre Dedreux-Dorcy.

 La dernière salle est dédiée à Ernest Renan (1823-1892) dont la petite-fille Corrie est la personne qui confia l'hôtel à l'Etat. On y remarque un Christ aux outrages par Jean-Baptiste Clésinger (1814-1883) gendre de George Sand. Le buste de Renan par René de Saint-Marceaux (1845-1915) et une autre toile de Scheffer représentant Jean Calvin.